
Femmes ou hommes diplômé(e)s des grandes écoles d'ingénieurs et femmes et hommes scientifiques qui exercent ou ont exercé des métiers d'Ingénieur.
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Conference Européenne, Prague 14-15/5/2009 par C.Hermann et M. Moutaud
Dans le cadre de la présidence tchèque de l’Union européenne (UE), cette conférence s’est tenue à l’occasion des dix ans de l’unité « Femmes et Sciences » (F&Sc), maintenant intitulée « Culture scientifique et questions de genre », de la Direction Générale (DG) Recherche. Un bilan des actions de la DG Recherche sur la question Femmes et Sciences a étéprésenté et des perspectives ont été envisagées, en particulier sur la question plus large des vocations scientifiques pour les jeunes.
Nouveaux rapports distribués à la conférence :
“The gender challenge in research funding – Assessing the European national scenes” (groupe de travail présidé par Suzanne de Cheveigné)
“Women in science and technology – Creating sustainable careers” (2° rapport du groupe WiST, travail collaboratif entre des entreprises et des universités)
ainsi qu’un très beau livre, « Women in Science », de portraits de femmes scientifiques du passé, bien rédigé, dont le seul tort est de ne pas faire apparaître de nom d’auteurs (des journalistes).
Compte rendu de la conférence par Claudine Hermann (association Femmes & Sciences) et Monique Moutaud (association Femmes Ingénieurs)
Le 14 mai matin session plénière :
Le Commissaire européen à la recherche Potočnik a présenté le bilan des objectifs et des actions de la DG Recherche des dix dernières années dans le domaine F&Sc: il s’agit toujours de réparer le « tuyau percé » (« leaky pipeline ») qui produit la disparition des femmes scientifiques entre leur entrée à l’université, où elles sont globalement à parité avec les hommes, et les postes de décision de la recherche, où l’objectif de 25% que l’UE s’était fixé n’est pas atteint. Pour améliorer la situation, l’UE, mais aussi les Etats Membres doivent agir, en particulier pour le recueil de statistiques harmonisées et pour un travail plus efficace au niveau du Groupe d’Helsinki, qui réunit les fonctionnaires nationaux experts pour la question F&Sc. Il faut noter en particulier, un progrès dans la normalisation des indicateurs statistiques ainsi qu’un pourcentage plus élevé de femmes chercheures participant à des panels.
Teresa Rees (Cardiff, UK), rapporteure des premiers rapports européens sur les Femmes et les Sciences en Europe, a commenté les activités de la Commission dans ce domaine. Un énorme progrès sur la question F&Sc a été réalisé grâce à l’impulsion de la Commission, au niveau européen et dans les Etats membres. La problématique aujourd’hui est le genre dans l’excellence scientifique. Ignorer la question du genre ne peut produire que de la recherche médiocre, on devrait donner leur chance aux meilleurs cerveaux et ne pas en laisser de côté pour des questions de genre.
Plusieurs exemples de bonnes pratiques, dans différents pays hors Europe, pour accroître la place des femmes en sciences et en ingénierie ont ensuite été présentés :
le programme ADVANCE de la National Science Foundation (Etats-Unis) HYPERLINK "http://www.nsf.gov/crssprgm/advance/index.jsp" http://www.nsf.gov/crssprgm/advance/index.jsp
qui porte sur la diversité et en particulier les femmes en sciences et a investi plus de 130 M $ sur un total de 100 projets se déroulant sur 5 ans environ. Plusieurs programmes de récompenses et de développement des talents , des réseaux et de « mentoring » ont été mis en place en vue d’améliorer les modes de recrutement favorisant la diversité et l’excellence. Des partenariats existent dans le monde entier. Un programme spécifique pour les femmes de couleur a été mis en place aux Etats-Unis.
Dans l’application du programme ADVANCE VT à Virginia Tech HYPERLINK "http://www.advance.vt.edu/" http://www.advance.vt.edu/
Virginia Tech est un campus assez isolé dans la nature, qui entraîne une déperdition de l’ordre de 30% dans le personnel recruté. 30 000 étudiants présents dont 41% de femmes.
Les initiatives se sont focalisées sur l’articulation vie professionnelle - vie personnelle, en particulier sur le problème de trouver un emploi pour le conjoint (« dual academic careers »), sur l’allègement possible du service d’enseignement au retour d’un congé parental et sur les modifications des limites d’âge pour la « tenure » après de tels congés… Il a été constaté que la flexibilité dans le travail est aussi souhaitée par les hommes, que l’articulation vie professionnelle - vie personnelle ne concerne pas que les jeunes, que les institutions résistent à se transformer, alors que cela est pourtant dans leur intérêt.
Les mesures prises en Australie pour attirer les filles vers les sciences et les technologies par le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), l’agence nationale scientifique, se focalisent aux deux paliers de l’orientation des jeunes : choix des sciences au lycée puis choix d’études supérieures scientifiques. L’expérience de terrain a permis de confirmer que les filles ne sont pas moins intéressées par les sciences que les garçons ; qu’augmenter l’intérêt des filles dans ces domaines en modifiant le contenu et la présentation des cours ne diminue pas l’intérêt des garçons ; que les enseignants de sciences et de mathématiques sont encore biaisés en faveur des étudiants masculins. On signale des documents intéressants à l’usage des parents et des enseignants sur le site HYPERLINK "http://www.sallyride.com" www.sallyride.com
Les mesures gouvernementales prises en Corée du Sud sont présentées par le NIS-WIST (Institut National de soutien aux Femmes à carrière scientifique et technologique), en charge de leur mise en œuvre . L’institution a été fondée par le Ministère de l’Education pour les sciences et la Technologie en 2004. Ces mesures sont motivées par la désaffection des jeunes pour les sciences, le faible taux de natalité et le vieillissement de la population. Elles traitent en particulier des problèmes d’interruption de carrière des femmes (Stabilisation du pourcentage d’interruption depuis 2007).Les bénéfices de ce programme sont visibles par une augmentation du nombre de femmes professeures ainsi que dans les instituts de recherche.
Un second plan est prévu pour la période 2009-2013.
Pierre Bismuth, Schlumberger, a présenté les principaux résultats du nouveau rapport (voir plus haut) du groupe WiST, qu’il préside. Ce rapport a analysé « comment créer des carrières durables » dans le secteur privé et a tenté de mesurer la résistance de la société à la promotion des femmes. En terme de rentabilité, éduquer des filles qui n’atteignent pas les postes de décision n’a pas de sens. Parmi les différents points liés à l’équilibre vie professionnelle - vie personnelle, les candidats ingénieurs en Europe privilégient la gestion des horaires et de la charge de travail, les jeunes pensent ne pas pouvoir bénéficier de flexibilité de leur temps personnel. Même si des politiques d’équilibre vie professionnelle - vie personnelle existent dans les entreprises, elles sont inconnues ou non comprises par les personnels.La documentation produite n’est pas suffisamment équilibrée au niveau communication. Il est essentiel de déceler les personnes (hommes ou femmes) à haut potentiel qui sont insatisfaites et prêtes à quitter l’entreprise.
Le 14 mai après-midi, 3 sessions parallèles :
Comment attirer les jeunes vers la recherche ?
Ont été décrites des mesures prises au niveau de l’Académie des sciences de Hongrie (équivalent du CNRS),
le projet européen POLLEN pour des élèves de maternelle et de primaire dont La Main à la Pâte fait partie, les résultats récents de l’enquête norvégienne ROSE (the Relevance Of Science Education http://www.ils.uio.no/english/rose/ sur la perception de la science par les jeunes de 15 ans, qui s’y intéressent d’autant moins qu’ils sont dans des pays à haut niveau de vie et qu’il s’agit de filles l’analyse de la place des femmes scientifiques sur les programmes de télévision britanniques, que l’on aimerait être plus importante et plus diverse l’opération « Shadowing » chez Motorola et d’autres entreprises, où une jeune fille suit une femme ingénieur dans ses diverses activités pendant une journée l’association Ciencia Viva (équivalent de Planète Sciences) au Portugal qui en particulier envoie des lycéens en stage une à deux semaines dans des laboratoires de recherche universitaires la sensibilisation des enfants de 5 à 7 ans aux sciences à travers une pièce de théâtre maltaise, dont le scénario nous a été distribué des rencontres (« speed dating ») entre des professionnelles et des filles de 15 ou 17 ans (âges des orientations) aux Pays-Bas l’analyse d’une visite de site industriel avec le regard des sciences de l’éducation (Finlande).
Comment changer les organisations et l’environnement de travail (mesures nationales) ?
Plusieurs interventions ont repris les mesures mises en place :
- La Norvège a présenté les actions du comité de promotion des Femmes en Science où 60 supports ont été octroyés récemment.
- Le UKRC , Centre de ressources pour les Femmes en Science, Ingénierie et Technologie a relaté les 20 ans d’expérience du centre en égalité des chances pour les Femmes et les Sciences tout en précisant que l’approche stratégique a évolué. Le gouvernement élargit sa vision en matière d’égalité (on prend en compte la diversité au sens large et pas uniquement les femmes)
Un projet annuel met en avant les femmes qui ont réussi. Une charte du Directeur exécutif a été proposée.
- La Turquie a présenté la vision des femmes universitaires en ingénierie et en technologie. Elles ont montré qu’il y avait une certaine ségrégation au niveau européen et qu’elles avaient le meilleur pourcentage de femmes professeurs en science et technologie. Les jeunes filles rêvent toutes de devenir professeur. Le métier a une excellente image .
- La Tchécoslovaquie a présenté ses initiatives depuis leur participation au groupe helsinki en 1999. Il y a eu création du centre de contact national pour les femmes et les sciences en 2001. A partir de 2004 et ce, tous les deux ans, ils ont produit un rapport d’évaluation de la situation. En 2008, mise en place d’un groupe de travail sur l’égalité des chances entre les hommes et les femmes au Ministère de l’Education. Des mesures ont été prises pour donner des facilités pour les gardes d’enfants, le report des dates limites de thèse. Des statistiques sexuées seron mises en place en 2010.
Comment changer les organisations et l’environnement de travail (mesures institutionnelles) ?
Le 15 mai matin session plénière :
Teresa Rees résume les présentations et discussions de la veille.
Intégration du genre : un certain nombre de mesures qui ne ciblent pas uniquement les femmes leur sont favorables (changement des programmes des cours de sciences du secondaire, formation des enseignants à la diversité culturelle ou d’âge…).
Il faut avoir une approche scientifique de la question F&Sc : évaluer correctement les bonnes pratiques, analyser leur capacité à être transférées d’un pays à l’autre. Il faut faire intervenir à la fois l’UE, les politiciens et les experts en genre.
L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est une condition nécessaire, y compris pour la santé des scientifiques et l’atmosphère des laboratoires, mais pas forcément suffisante ; elle concerne les hommes et les femmes, les jeunes (enfants) mais aussi les plus âgés (parents à charge).
La diversité est nécessaire pour une bonne innovation mais les quotas sont inacceptables dans certains pays.
Il serait intéressant d’étudier les causes de la résistance à la promotion des femmes scientifiques et la manière de les contrer.
Des institutions ou entreprises ont fait part de leur expérience (le représentant de l’European Research Council était absent)
-l’European Science Foundation (ESF), organisation indépendante qui est la propriété d’organismes de recherche publique et de sociétés savantes, essaie de réaliser un meilleur équilibre hommes-femmes dans ses différentes structures. Chaque fois qu’il faut remplacer un membre sortant de ses Standing Committee, l’ESF demande au pays concerné de donner deux noms d’hommes et deux de femmes.
En l’absence de mesures dédiées de type quotas, la parité au niveau professeur d’université devrait être réalisée en 2200 en Finlande et 2400 en Europe.
-Le Fraunhofer Gesellschaft, le plus grand organisme de recherche appliquée allemand (58 instituts sur tout le territoire commprenant 15000 chercheurs dont 33% de femmes), cherche à avoir une plus grande diversité, y compris hommes-femmes, dans ses équipes de recherche pour s’adapter à la clientèle. Il a mis en place un certain nombre de programmes en vue d’éviter la déêrdition des filles qui ne restent pas dans la profession. L’école des talents permet aux filles de venir s’informer sur 3 jours. Ils développent des argumentaires sur l’intérêt d’équipes mixtes et pluridisciplinaires.
- la Rheinisch-Westfälische Technische Hochschule (RWTH) Aachen, qui était l’université allemande avec le plus faible pourcentage de femmes professeures (4%), a fait appel à des experts en genre et mis en place une structure unique « Integration Team », directement rattachée au recteur qui est en relation avec trois domaines : la direction et le planning stratégique, les études de genre, le bureau d’égalité des chances, pour mobiliser les personnels de tout niveau, faire des formations au genre y compris pour les nouveaux arrivants…Mise en place de kits de formation (sensibilisation aux questions de sexe et de diversité) pour les professeurs avec sanction sur les augmentations de salaire s’ils ne les font pas.
- la Science Foundation d’Irlande, organisme statutaire qui opère depuis 2003 dans le domaine des tIC et des Biotechnologies. L’objectif de l’institut est de créer une zone d’excellence ayant un impact national.Il établit des mécanismes durables pour l’égalité des chances, finance des programmes dans des universités, fait des concours attractifs et bien diffusés pour élèves ingénieures …
-Electricité de France, qui participe au groupe européen WiST, a étudié l’effet sur leur carrière du passage volontaire à 32h (au moment de la loi Aubry sur les 35h) de certains de ses cadres de R&D. Par ailleurs un effort particulier est fait pour faciliter la vie matérielle des personnels (conciergerie,…), pour accueillir les personnels de retour de congé.
En conclusion de la conférence, Anneli Pauli, directrice-générale adjointe de la DG Recherche, a ouvert des perspectives, dans le contexte actuel de crise financière où l’innovation est le maître mot.
La DG Recherche, qui s’était intéressée jusqu’ici aux femmes scientifiques, va maintenant se focaliser sur les systèmes pour augmenter l’efficacité de la recherche à tous les niveaux, la problématique du genre étant un problème général de la société. L’UE et ses différentes DG (dont la DG Education) et les Etats membres doivent collaborer en particulier sur l’éducation scientifique des jeunes (rapport Rocard). Il s’agit d’impliquer aussi l’ensemble de la société civile, dont les parents, le rôle des femmes dans les sciences et l’influence des stéréotypes doivent être mis en lumière.
Le mandat du Groupe d’Helsinki doit être repensé en partenariat avec les Etats Membres ; il faut engager des collaborations avec des pays hors d’Europe, en particulier méditerranéens. Des analyses détaillées sur le genre dans les programmes cadres et la participation des chercheurs ont été faites ou sont en cours. Il faut intégrer la problématique du genre dans la modernisation des universités, la responsabilité est celle des Etats Membres mais l’UE peut impulser. C’est aux Etats membres de donner une dimension du genre dans les plans d’action nationaux de la recherche.
En suivant les règles actuelles, la Commission ne peut pas inciter les Etats membres à proposer plus de femmes dans les comités. Anneli Pauli demande aux présents à la conférence d’intervenir dans leur pays pour pousser à la modification de cette règle et aboutir à la présentation de deux candidats, un homme et une femme, pour chaque poste à pourvoir.
Il faut poursuivre cette fructueuse collaboration de dix ans entre UE, Etats Membres et Etats associés au Programme Cadre sur la question Femmes et Sciences. Le genre doit être traité comme une politique à part entière.
Association française des Femmes Ingénieurs : Agenda
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Le monde
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